Le G20 qui s’est réuni pour la seconde fois ce 2 avril à Londres, représente une rupture dans le rôle et la place de la Belgique sur la scène internationale.
Pour la première fois dans l’histoire moderne, la Belgique n’est pas membre d’une instance internationale majeure dont les décisions pourtant, s’imposeront à elle. Cette rupture, car il s’agit bien de l’expression d’une modification profonde de la place de la Belgique sur la scène internationale, est passée inaperçue. Aucun commentateur n’a relevé ce tournant pourtant significatif de notre poids politique dans le monde contemporain. Ce changement est probablement définitif : le XXème siècle fût une parenthèse sans précédent depuis Charles Quint et sans lendemains prévisibles dans l’histoire de notre influence et de notre rayonnement internationaux.
Depuis près d’un siècle, la Belgique était de toutes les grandes initiatives visant à renforcer la gouvernance mondiale et le traitement multilatéral des grands enjeux de la planète, qu’il s’agisse de paix et de sécurité, des rapports économiques et commerciaux, des droits et libertés, de la lutte contre la pauvreté…
Bref rappel,
Avec 7 autres pays, elle a créé en 1889 l ' Union interparlementaire (UIP), l'organisation mondiale des Parlements des États souverains, qui est la plus ancienne des institutions internationales à caractère politique.
Il y a nonante ans, elle fût un des quinze membres fondateurs de la Société Des Nations (1919) avec le Belge Paul Hymans comme premier président. En 1945, la Belgique participe à la Conférence de San Francisco qui lance l’Organisation des Nations Unies (ONU) et la plupart de ses grandes agences comme l’Organisation Mondiale de la Santé et le Programme des Nations Unies pour le Développement.
La Belgique de Paul-Henri Spaak et de Pierre Harmel est aussi à l’initiative de la construction européenne et fonde avec les autres pays du Benelux, la France, l’Allemagne et l’Italie, la CECA et la Communauté Economique Européenne. Elle est membre fondateur du Traité de l’Atlantique Nord créée pour faire face à la menace soviétique et qui vient de fêter symboliquement son soixantième anniversaire à Strasbourg-Kehl.
On pourrait aussi parler du FMI où la Belgique, membre fondateur, siège au Conseil des gouverneurs et au Comité de Direction. Sa part des voix au Conseil des Gouverneurs est sensiblement égale à celle de la Chine ou de l’Inde !
Cette liste est loin d’être exhaustive. Elle rappelle simplement l’incroyable déploiement de la diplomatie belge ces cent dernières années et la volonté formidable de notre pays de construire un règlement multilatéral des enjeux de notre temps. L’absence de la Belgique est donc une première, et qu’on ne nous dise pas qu’elle était représentée par les autres Etats européens ou par la Commission Européenne. Les décisions du G20 à Londres ont montré que les grands pays européens n’ont pas défendu les absents. Les Pays-Bas n’ont pas représenté le Bénélux. Les grands pays européens n’ont pas respecté leur parole donnée lors de réunion préparatoire de l’Union Européenne où il avait été convenu que les pays comme la Belgique, l’Autriche ou le Luxembourg n’apparaitraient pas sur une liste de paradis fiscaux étant donné leurs récentes initiatives pour se conformer aux directives de l’OCDE. Par contre, les Anglais, les Américains, les Chinois,… se sont débrouillés pour que leurs paradis fiscaux ne figurent pas sur les listes infamantes. Pour la première fois, donc, la Belgique se retrouve sur le banc des accusés d’une instance internationale majeure où elle n’a pas le droit de siéger et de faire valoir ses arguments. On peut en sourire. Mais reconnaissons que c’est une position désagréable. Les temps changent, la Belgique ferait bien de s’en apercevoir. Sa rente de situation diplomatique pourrait bien se rétrécir d’autant plus rapidement que sa réputation et son image sont écornées par ses querelles internes, sa représentation extérieure complexe, la disparition progressive de ses grandes entreprises transnationales. Le poids politique de la Belgique sur la scène internationale est un indice de sa bonne santé intérieure, de sa prospérité économique, de sa cohésion sociale, de la force de son projet politique. Il est surtout un instrument majeur de notre capacité à peser sur la mondialisation, sur ses valeurs, sur ses règles, sur ses priorités. Et par contrecoups à préserver nos valeurs, notre modèle social, nos droits et nos libertés.
Les commentaires récents