Au moins onze personnes ont été assassinées ces quinze derniers jours à Mossoul, ville du nord de l’Irak abritant une forte communauté chrétienne.
C’est la campagne la plus violente contre les chrétiens depuis 2003, d’après le gouverneur de la province de Ninawa (l’ancienne Ninive) située dans le nord de l’Irak, aux portes du Kurdistan.
La province abrite une importante et très ancienne communauté chrétienne, en particulier à Mossoul, mais aussi dans les villages alentours. Elle est, depuis le début d’octobre, le foyer d’une flambée sans précédent d’attaques antichrétiennes.
En février dernier, l’archevêque chaldéen de Mossoul, Mgr Paulos Faraj Rahho, a été kidnappé et retrouvé mort. Son assassinat, qui suscita la réprobation internationale, conduisit le premier ministre irakien Nouri Al Maliki à s’engager à protéger la communauté chrétienne.
Mais aujourd’hui la violence s’est encore élevée d’un cran : davantage d’enlèvements ciblés, donc davantage de demandes de rançon, mais aussi des assassinats purs et simples, « en pleine journée», affirment de nombreuses sources irakiennes.
Résultat : l’exode des chrétiens, déjà massif, - 250.000 des 800.000 chrétiens d’Irak auraient déjà fui leur pays depuis le début de la guerre -, s’est encore accéléré. Selon des témoins, des inconnus sillonnent les quartiers chrétiens en véhicule, interpellant les riverains et les sommant de quitter les lieux au plus vite sous peine de représailles.
Mgr Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkouk a estimé dans un entretien accordé à l’AFP que sa communauté était « la cible d’une campagne de liquidations, une campagne de violences aux objectifs politiques. Ceux qui nous visent cherchent à en tirer un avantage politique : soit en poussant les chrétiens à quitter le pays, soit pour les forcer à s’allier avec des groupes dont nous refusons les projets. »
Son appel aux habitants de Mossoul aurait, été entendu, des familles sunnites auraient proposé d’héberger et de protéger des chrétiens.
Les violences à l’égard des chrétiens en Irak se déroulent dans un contexte de harcèlement des communautés chrétiennes dans plusieurs pays du monde, notamment des coptes en Egypte, de certaine minorités chrétiennes en Turquie, au Pakistan et en Inde. Partout dans ces pays et dans d’autres, des communautés chrétiennes font l’objet d’intimidations destinées à les faire fuir. L’intolérance religieuse gagne du terrain y compris dans des pays qui ont pourtant connu des millénaires de cohabitation et de respect de la différence religieuse. Certains fanatiques n’hésitent pas à tuer et à harceler dans un but d’homogénéisation religieuse et d’éradication de la différence. Partout il faut chasser l’impie, le mécréant, l’infidèle.
Ces tendances inquiétantes concernent des pays proches de l’Europe. Pourtant nos pays, par une sorte de pudeur étrange, détournent le regard et semblent indifférents à ces questions qui violent les valeurs fondamentales de l’Union Européenne. Nous aurions tort de ne pas tenter d’endiguer et de dénoncer les violences xénophobes et l’intolérance religieuse aux marges de l’Europe. Cela pourrait avoir un effet de contagion désastreux y compris dans nos pays à l’encontre de minorités religieuses. Comprenons nous bien, il s’agit, en plus de la protection de communautés chrétiennes dans des pays où elles sont établies parfois depuis l’aube de la chrétienté, de ne pas accepter la haine de l’autre en raison de ses croyances, l’évolution d’un monde intolérant, brutal envers les communautés les plus fragiles. Je me suis battu aux côtés des musulmans de l’enclave de Srebrenica en Bosnie et pour les droits des Roms en Europe. Les Chrétiens du Proche Orient et du Sud de la Méditerranée méritent aussi notre mobilisation.
Les commentaires récents