Bruxelles, place Magritte ce samedi était une fête de l’imaginaire, de la poésie, de la dérision. La place royale débaptisée, les rues étaient rendues aux piétons. En hommage au surréalisme, le ciel bleu tacheté de petits nuages blancs reflétait précisément les ciels des toiles de Magritte qui recouvraient les moindres fenêtres de la place de la Monnaie. Les mêmes bleus, les mêmes petits nuages potelés. Comme si Magritte, météorologue génial avait prévu dans les années trente, le temps qu’il ferait le jour de l’inauguration de son musée.
Des saynètes et un spectacle qu’on ne peut imaginer que chez nous rappelaient partout l’univers du peintre : hommes et femmes en noir au chapeau melon et parapluie noir flottant sur les marches de la statue équestre de Godefroid de Bouillon, accrochés aux réverbères, marchant sur des chaises en bois blanc, exécutant mystérieusement un tango syncopé.
Des pianos immaculés décorés de chandeliers argentés étaient perdus au milieu de la foule, attendant leur pianiste. Un grand cadre doré et penché magnifiait le paysage mouvant derrière lui. Un spectacle étrange, itinérant et dansant voyageait à travers un public ému, ravi, subjugué. Tout était rêveries, tendresse, légèreté. Notre promenade nous amena jusqu’à la Grand-Place qui swinguait sur les accords du Bert Joris Jazz Quartet, contrebasse, guitare sèche, piano, batterie.
Partout, les senteurs du printemps se mêlaient aux parfums des glaciers, aux effluves de bière blonde aux terrasses des bistrots, à la chaleur de la ville lumineuse, à la fraicheur des fontaines. Des amoureux comme s’il en éclosait par génération spontanée sur les bancs publics voulaient arrêter le temps de ce mois de mai 2009. J'étais seul à penser aux élections. Jour j-8. Cette échéance paraissait aussi surréaliste que les tableaux de Magritte. Dans le Parc Royal, la langueur des amants emmèlés sur les pelouses soignées au cordeau finissait de m'étourdir. Bruxelles bruxellait.
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