J'étais Médecin Sans Frontières quand le printemps politique chinois de 1989 a tenté d'éclore au coeur de la dictature communiste chinoise. Nous avions le fol espoir de voir la Chine s'ouvrir sur la démocratie et les libertés. Partout en Europe, les dictateurs étaient ébranlés et leurs statues renversées. Le monde changeait vite. Lech Valesa et Gorbachev modifiaient les anciens clivages. Alors pourquoi la Chine se maintiendrait-elle à l'écart?
Et puis dans la nuit du 3 au 4 juin, les chars ont écrasé cette révolution pacifique. Des miliers d'étudiants, de professeurs, de cadres, d'ouvriers ont été sauvagement abattus pour avoir voulu vivre en hommes et en femmes libres, pour avoir simplement demandé qu'on leur accorde les droits énoncés dans la consitution chinoise.
J'étais le responsable desopérations de MSF. Nous avons tenté de secourir les personnes blessées qui se cachaient et n'osaient pas aller dans les hôpitaux. Nous étions en contact avec les étudiants. Mais nous n'avons rien pu faire, nos équipes ont été refoulées. Alors, de concert avec Amnesty International, nous avons organisé une gigantesque mobilisation citoyenne. Des dizaines de miliers de belges ont arboré sur leur maison et sur leur voiture l'article 3 de la déclaration universelle des Droits de l'Homme, en français, en néérlandais et en chinois: "tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne". Cela a sans doute été la plus grande mobilisation pour les droits de l'Homme de ces trentes dernières années en Belgique.
Mais la Chine n'a pas bronché. La population chinoise, qui continue à se battre pour ses libertés nous est pourtant reconnaissante de cette mobilisation. Elle continue, via Internet, via ses contacts internationaux, via ses protestations, à faire en sorte qu'enfin bientôt la Chine accède à la démocratie, à la maturité d'une Nation qui respecte la dignité de ses citoyens. Ce combat pour les libertés, pour le droit et pour la dignité de chaque être humain guide chaque jour mon action politique.
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